Image size 24 Kb Veikka et l'image du héros

La vie de l'alpiniste Veikka Gustafsson, 31 ans, est une histoire finlandaise à succès qui pourrait aussi bien tenir du rêve américain. Tout y entre : les aventures, le sentiment du danger proche, les performances individuelles, les affaires florissantes. Il y a encore sept ans un jeune homme gagnait sa vie en transportant des marchandises. Aujourd'hui, Veikka a écrit un livre et créé une poupée que l'on vend aux enfants dans les grands magasins. Utilisés avec habileté, les médias ont, pour leur part, contribué à faire de ce casse- cou un héros que tout le monde connaît en Finlande.

Il ne fait pas de doute que l'esprit d'aventure est dans le sang. Le père de Veikka décida un jour de partir avec ses camarades pour le Mont-Blanc, la plus haute montagne des Alpes. Le jeune garçon était aussi de la partie. C'est de là qu'est né son intérêt pour la montagne et l'ascension. "Au début, j'étais poussé par l'esprit d'aventure comme tous les garçons. Il fallait aussi prouver que j'étais un dur de dur. Je m'imaginais que l'alpinisme était une besogne d'hommes braves, héroïques, dominée par la vitesse et pleine de dangereux rebondissements. Pas du tout! C'est au contraire extraordinairement précis et lent. Toutes ces illusions sublimes finissent par disparaître complètement quand, d'épuisement, on vomit sur soi. Cette expérience est bien loin du héros qui, arrivé au sommet, arbore un large sourire en agitant un drapeau."

Mais la réputation du jeune conquérant des cîmes ne repose pas sur rien. Il n'y a guère beaucoup d'autres alpinistes aussi jeunes que Veikka Gustafsson qui a une aussi longue liste de mérites. Il a déjà vaincu sept des quatorze sommets himalayens de plus de 8000 mètres et son objectif est, avec le temps, de les vaincre tous. En 1993, il fut le premier Finlandais à atteindre le sommet de la plus haute montagne du monde, le Mont Everest (8 846 m). Il considère cependant que sa meilleure performance fut d'arriver au sommet du K2 un an plus tard. Il n'y a que 150 grimpeurs qui ont réussi cet exploit, alors qu'un millier ont déjà escaladé le Mont Everest et que cent de plus arrivent chaque année.

En montagne le travail d'équipe est sans faille

"Le besoin de prouver quelque chose n'est pas à lui seul un motif suffisant pour aller loin. Il est remplacé par quelque chose qui a beaucoup plus de valeur", raconte Veikka Gustafsson. "L'esprit d'équipe, un esprit sans faille, c'est le sel de l'alpinisme. C'est le travail en équipe sous sa forme la plus absolue. On ne peut pas être dans le groupe sans une parfaite confiance mutuelle. Cela veut dire que l'on peut confier sa vie à quelqu'un d'autre. Ceux avec qui je me déplace actuellement en montagne n'ont fait qu'un dans des situations vraiment difficiles."

Si Veikka Gustafsson est connu dans le monde parmi les adeptes de ce sport, en Finlande il est presque l'objet d'un véritable culte et aussi une marque bien commercialisée. "Je suis un professionnel mais cela ne veut pas dire que je vais me mettre à grimper tous les jours à huit heures du matin. C'est une activité qui revient si cher qu'elle ne serait pas possible sans sponsors. J'ai cinq partenaires importants dont je rembourse ce qu'ils ont investi en moi en me mettant à leur disposition." C'est ainsi qu'il raconte ses expériences au cours de diverses manifestations et devant diverses audiences, quelles sont ses ambitions, quels sont ses motifs, le travail d'équipe, la gestion des risques. La demande est si importante qu'il ne reste plus assez de temps pour l'escalade et l'entraînement.

Aux yeux du public l'attrait de l'alpinisme est en partie dans le vide et les dangers qui guettent le grimpeur en-dessous de lui. Il faut apprendre à vivre avec. "Certaines prises de risques n'ont pas de sens car les mises sont trop élevées. Si l'on perd la vie par témérité, on a alors mis complètement à côté de la plaque. Plus on accumule de l'expérience, plus on réfléchi à ce que l'on fait. L'alpinisme c'est pénétrer sciemment dans un environnement à hauts risques - et minimiser les risques lorsqu'on y est. Il faut pour ainsi dire oser prendre les décisions correctes. Parfois, le sommet qu'on s'était fixé est resté à quelques centaines de mètres mais on y est pas parvenu car dans l'autre plateau de la balance il y avait sa propre vie. Elle est quand même plus importante que l'ascension d'un sommet battu par les vents."

"Je veux devenir un produit de marque"

Veikka Gustafsson reconnaît ouvertement qu'il s'efforce d'être un produit de marque parce que cela fait partie de son métier. "En se référant à moi et autour de ma personne on peut faire et vendre n'impote quoi, bien que, d'un autre côté, l'être humain en soi ne peut naturellement pas être un simple produit", poursuit-il en réfléchissant à ce que lui apporte la partie commerciale de son métier. "Si l'on se développe en tant que produit, on peut aussi certainement le faire en tant qu'homme. Par exemple, je n'ai jamais eu aucune aptitude à me produire en public. Et maintenant je suis capable de parler avec aisance devant cinq cents élèves du secondaire. Cela aussi c'est un apprentissage."

Image size 24 Kb En Finlande, on vend la poupée Veikka l'Alpiniste avec tout son équipement dans les magasins et on en fait la publicité à la télévision. Il était au début absolument contre cette idée et, comme il l'explique, il a fini par changer d'avis. "Que ce soit ma participation pour supprimer la violence dans les jeux des enfants. Ma poupée n'est ni Action Man ni une créature de l'espace équipée pour couper mille têtes à la seconde. Au contraire, Veikka est un gars vivant et positif, pour beaucoup d'enfants c'est un héros - cela semble inconvenant venant de ma bouche, mais, dans ce métier, on apprend aussi à s'y faire. Si les filles ont des poupées Barbie, Veikka leur tiendra volontiers compagnie. Si l'Alpiniste plaît aux garçons, c'est tant mieux. Et si, en même temps, j'en profite économiquement, que demander de mieux?"

Cet homme qui escalade les hautes montagnes et qui a pour profession de raconter ses performances est doté d'une forte personnalité. Veikka Gustafsson a assimilé son rôle de héros de façon étonnamment complète. "Chacun a des rêves et des challenges qui peuvent devenir réalité. J'en suis moi-même un exemple vivant. Il y a sept ans je transportais des marchandises et travaillais sur des chantiers de construction. Aujourd'hui, je raconte aux grands spécialistes et aux directeurs des grandes entreprises comment il faut fixer un objectif et s'efforcer d'y parvenir."