Le champion ressuscité



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Toucher: Mika Häkkinen hier et aujourd'hui

Il est difficile en Finlande, sinon impossible, d'exprimer avec flegme un jugement sur Mika Häkkinen. Lorsqu'il ouvrit la saison du Grand Prix de Formule 1 en 1998 avec deux victoires, l'une à Melbourne et l'autre à São Paolo, il déclencha une fièvre qui culmina en novembre à Suzuka au Japon avec la victoire et le championnat du monde. Les médias se sont littéralement gavés de cette victoire, ils ont décortiqué chaque instant de la vie de ce coureur automobile de trente ans. Plusieurs localités en Finlande sont en train d'éplucher leurs comptes en vue de construire une piste de Formule 1.

C'est vrai. Quel que soit l'angle sous lequel on le considère, Mika Häkkinen détient aujourd'hui le record de Finlande de notoriété mondiale. Le coureur de fond Paavo Nurmi, neuf médailles d'or, que beaucoup tiennent pour le meilleur athlète du monde, a réalisé ses exploits avant l'ère de la télévision. Ses records du monde il ne les a battus dans le coin d'aucune salle de séjour. Maintenant, nous avons suivi cet autre Finlandais volant dans sa voiture lorsque, moteur hurlant, il négocie les virages.

Au moins cinq milliards de paires d'yeux ont suivi à la télévision la lutte de Mika Häkkinen vers le championnat du monde. En 1997, trois cent millions de spectateurs en moyenne avaient regardé chaque compétition de Formule 1, l'année dernière il y en avait indéniablement plus. Sur seize compétitions, Häkkinen en a remporté huit. Le nom de Mika Häkkinen a été répété dans les journaux télévisés et radiodiffusés partout dans le monde. La presse n'a pas manqué non plus de consacrer de nombreuses colonnes à ses résultats.

Il y a en Finlande quatre canaux de télévision qui couvrent tout le pays et une cinquantaine de stations radio. Chaque programme qui parle de Häkkinen, et personne n'a sans doute guères songé à en dresser la liste, a un succès d'écoute garanti. Le boom Mika est tel que l'on parle de créer un club de fans pour l'annonceur du canal de télévision qui a acheté les droits de diffuser les compétitions de Formule 1. Une jeune fille suit les compétitions avec la photo de l'annonceur sous le bras parce que cela porte bonheur à Mika. Proportionnellement au nombre de ses habitants, la Finlande est un pays où paraissent beaucoup de journaux et de magazines. Pratiquement tous ont raconté l'histoire du champion du monde. Le président de la République, de nombreux ministres, le représentant finlandais de la Commission européenne, les écrivains, les chanteurs, les acteurs, les vendeurs des marchés et, bien sûr, tous ceux qui ont plus ou moins à faire avec Mika Häkkinen ont exprimé leurs opinions. Tous assurent que le champion est une personne agréable et modeste. Mika Häkkinen lui-même se présente comme un "gars tout à fait ordinaire" bien qu'il ait encaissé de l'écurie McLaren un salaire annuel de 82 millions de markka.

L'homme de glace a fondu

Le vainqueur du championnat du monde n'a été connu qu'à l'issue de la dernière compétition. Si le double champion du monde Michael Schumacher, qui n'était qu'à quatre points de Häkkinen, avait gagné à Suzuka et que Häkkinen ne marque aucun point, il aurait été champion pour la troisième fois. Mais voilà Häkkinen est arrivé premier et Schumacher n'a pas marqué de points à cause de l'éclatement d'un pneu. L'écurie McLaren est anglaise, la Mercedes Benz de Häkkinen est allemande et Schumacher pilote une Ferrari italienne. C'est pourquoi non seulement les Finlandais mais aussi les Britanniques, les Allemands et les Italiens ont suivi les épreuves avec beaucoup d'attention.

Le pilote finlandais n'a pratiquement jamais exprimé la moindre émotion durant sa longue carrière. Toutefois, plusieurs journaux ont annoncé que "l'homme de glace" avait fondu à l'issue du championnat. Le Times était convaincu "qu'il était né pour gagner le championnat du monde", pas moins. Le Daily Mail écrivit que "Mika Häkkinen n'est peut-être pas la vedette sportive la plus charismatique, mais qu'il était là pour témoigner que les braves gars finissent par gagner". L'Independent s'est étonné de ce que "Mika, qui est habituellement froid, ait souri, dansé et fait des signes de la main!"

Les Allemands souhaitaient d'un côté la victoire de Schumacher et de l'autre celle de la Mercedes. Häkkinen fait les gros titres dans les journaux, comme Die Wel: "Häkkinen et un secret nommé Sisu". Le berlinois Der Tagespiegel décrit Häkkinen comme "un homme superfroid comme les Finlandais en général, mais qui a complètement changé dans l'exaltation de la victoire". Comme Schumacher avait été le premier à féliciter Mika, il avait montré pour le journal Bild une "véritable grandeur d'âme".

La malchance de Ferrari (l'embrayage avait lâché au premier départ à Suzuka et Schumacher avait été envoyé à la dernière case de départ) faisait la une des journaux italiens. Le Gazzetto dello Sport se demanda comment, malgré une technologie de pointe hors de prix, un championnat du monde peut se décider sur "un incident qui semble bien commun, comme le moteur qui cale au feu rouge". Tuttosport fait l'apologie du Finlandais: "Häkkinen est le nouveau numero uno et il mérite sa place. Pendant toute la saison il a fait moins de fautes que Schumi." À Maranello, la ville de Ferrari, on avait installé dans le parc un écran géant pour retransmettre le triomphe de la voiture italienne. Un Italien, effondré et pleurant, ne mâchait pas ses mots: "Ferrari est comme le Titanic, Schumacher comme DiCaprio et le naufrage aussi spectaculaire."

Enfant et déjà champion

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Mika Häkkinen tient le volant depuis l'âge de cinq ans. Comme il avait fait preuve d'un talent rare, ses parents firent tout ce qu'ils purent pour l'encourager dans cette voie. Entre 1974 et 1986, Mika remporta cinq championnats de Finlande de karting. Il passa graduellement à des séries plus difficiles et en 1990 remporta le championnat de Grande-Bretagne de catégorie F3. L'année suivante, il roulait pour la première fois en Formule 1 sous les couleurs de l'écurie Lotus. En 1993, il entrait chez McLaren et se faisait remarquer par ses bons classements. Il ne remporta sa première victoire qu'en octobre 1997. La route du championnat du monde était ouverte.

Mika Häkkinen est né le 28 septembre 1968 à Vantaa pas loin de l'aéroport international de Helsinki. Il suivit des études dans une école professionnelle d'où il sortit tôlier-soudeur en 1986. Mais, le sport automobile était tout pour le jeune homme et il y avait encore un long chemin à parcourir jusqu'au sommet. Aujourd'hui, comme beaucoup d'autres riches sportifs, il réside dans le paradis fiscal de Monaco. Il a épousée une Finlandaise, Erja Honkanen, dans la vieille cathédrale de Porvoo en été 1998. Pour Ron Dennis, chef de l'écurie McLaren, Erja, qui suit son mari dans toutes les compétitions, est un membre important de l'équipe. Le manager de Häkkinen est Keke Rosberg, premier champion du monde finlandais de Formule 1 en 1982.

C'est toutefois en novembre 1995 à Adelaïde en Australie que Mika Häkkinen a remporté sa plus belle victoire. Un pneu éclate et le projette hors de la piste sur la glissière de protection. La voiture est réduite à un tas de ferraille et Mika est gravement blessé. Heureusement, un médecin se trouvait à quarante mètres de là au moment de l'accident. Sa vie se serait arrêtée là si les premiers soins ne lui avaient pas été immédiatement donnés. C'était une question de secondes. Dès le mois de mars de l'année suivante, il reprenait le volant sur la piste de Melbourne. Cet étonnant rétablissement fut considéré comme un miracle médical. C'etait surtout la preuve que Mika avait une volonté de fer et qu'il avait foi en sa compétence. Et aussi qu'il avait adopté la bonne attitude. "Mes possibilités s'améliorent lorsque la Formule 1 ne prend pas le dessus dans ma vie", déclara-t-il lors d'une interview en été 1998. "Le championnat du monde représente beaucoup pour moi, mais il y d'autres choses importantes dans la vie."

Häkkinen, le Finlandais au volant
Mika Häkkinen - The Flying Finn