Image size 8 Kb Turku est née de la mer

Les bateaux naviguent dans l'estuaire du fleuve Aura (Aurajoki) depuis au moins 850 ans, c'est-à-dire bien avant la fondation de la ville de Turku. Le plus vieux port de Finlande figure sous le nom d'Abuwa (le nom latin de Turku est Aboa) dans une description faite par le géographe arabe al-Idrisi qui vivait à Palerme en 1154. Le trafic maritime animé et les monuments qui rappellent la riche histoire de la navigation maritime - dont le plus beau est le trois-mâts frégate Suomen Joutsen (le Cygne de Finlande) - font partie intégrante du paysage urbain.

Le centre maritime Forum Marinum qui se dresse dans le port au bord de l'Aura permet de se replonger dans un monde fascinant et vivant dont l'histoire a été façonnée aussi bien par les petits bateaux en bois que par les grands longs-courriers. En parcourant les salles d'exposition, on commence à donner foi à l'adage prononcé il y a plus de 2000 ans par le philosophe Plutarque: Navigare necesse est, vivere non necesse. Il est nécessaire de naviguer, pas de vivre.

Forum Marinum recèle les trésors de la navigation

Forum Marinum est beaucoup plus qu'un musée, c'est aussi un trésor vivant pour les chercheurs et les charpentiers navals. Toute son activité repose sur les collections et les navires-musées du Musée d'histoire maritime de l'Åbo Akademi et du Musée de la Navigation maritime de Turku. Åbo Akademi, l'université de langue suédoise de Turku, a fourni quelque cinq cents mètres de rayons d'archives qui contiennent la plus grande collection de livres de bord de toute la Scandinavie, 50 000 photographies ainsi que des milliers de carte marines et de plans de bateaux. On y trouve aussi des dessins de vieux bateaux de plaisance qui intéresseront les constructeurs de bateaux.

Sur décision du Ministère de la Défense, le Musée de la Marine s'est aussi installé dans le nouveau centre maritime. Entre la moitié du XIVe siècle et le début du XVIIe la ville et le château de Turku ont servi de base à la flotte finlandaise. Dès le Moyen-Âge, on a construit des vaisseaux de guerre à Turku. Avant la Seconde Guerre mondiale les chantiers navals de Crichton-Vulcan y avaient construit deux cuirassés et trois sous-marins. Beaucoup de matériaux historiques ont été rassemblés à Pansio près de Turku, ancienne base des forces navales, comme, à ce que l'on sait, la plus importante collection de mines marines du monde. Le Forum Marinum ne présente que des objets, plans et dessins authentiques, mais pour le visiteur qui voudrait neutraliser une mine à antennes il devra se contenter d'une simulation sur ordinateur. Lors des deux guerres mondiales, la défense du littoral finlandais reposait pour une grande partie sur les mines.

Les navires-musées, monuments du paysage urbain

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Le Suomen Joutsen, qui fut construit en France en 1902, est le navire amiral du centre maritime. L'État finlandais avait acheté cette frégate à la coque d'acier de 96 mètres de long en 1930 pour en faire le navire-école des forces navales et à ce titre il a fait six voyages au long cours. Mis à la retraite il y a quarante ans, le bâtiment fut amarré à la rive de l'Aura et servit d'école professionnelle pour les marins jusqu'en 1988. Devenu navire-musée, il fut acquis par la ville de Turku et est aujourd'hui géré par la fondation Forum Marinum

Le trois-mâts barque Sigyn, construit en 1887 à Göteborg en Suède, représente la plus ancienne partie du parc finlandais de bateaux à voiles. Après rénovation, il est revenu à son port d'attache au bord du fleuve Aura. Parmi les bâtiments de guerre, les navires-musées sont représentés par le mouilleur de mines Keihässalmi, construit en 1957, et deux canonnières à moteur qui ont été placées dans leurs propres locaux d'exposition. Par comparaison avec les bâtiments de guerre, le dernier remorqueur à vapeur utilisé en Finlande, le S/S Vetäjä V, a l'air franchement adorable. Construit en 1891, il a terminé sa longue carrière comme remorqueur du port de Turku en 1983. Il est toujours en pleine forme et navigue toujours à la commande en été bien qu'il soit un navire-musée.

"C'est le seul centre maritime nordique qui ait ses propres embarcadères au cœur d'un port fluvial et commercial en pleine activité", assure le chef de projet Pekka Paasio. "Forum Marinum sert encore de centre d'informations maritimes ainsi que point de rencontre international pour les instituts, les chercheurs et les amateurs du domaine de la navigation maritime. Lorsque l'on restaure et répare un vieux bateau ou tout autre objet ancien, les travaux se déroulent ici sous le regard du public. Les anciennes méthodes de travail, sur lesquelles nous avons bien sûr des informations, ont soulevé un grand intérêt.

Des chantiers pour les navires de croisière

Les nouveaux chantiers navals de Turku, fondés en 1737, sont loin du calme somnolent des musées. La société Kværner Masa-Yards Oy y construit avec un personnel de 2 300 personnes de luxueux navires de croisière, des transbordeurs et autres bâtiments qui nécessitent un savoir-faire spécial.

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Pour clore le dernier millénaire, les chantiers de Turku ont lancé, en octobre 1999, le Voyager of the Seas, le plus grand navire de croisière du monde, capable d'embarquer 3 840 passagers. Parmi les navires construirs dans ces chantiers au cours de la dernière décennie il convient de citer les transbordeurs Silja Serenade et Silja Symphony, les premiers navires qui sont traversés dans toute leur longueur par une rue piétonne. Ces navires qui font le service entre la Finlande et la Suède sont spectacle familier dans l'archipel de Turku.

Masa-Yards dispose à Piikkiö, non loin de Turku, d'une usine qui représente une nouvelle forme de réflexion conceptuelle. On y fabrique des cabines et des salles de bain prêtes à être installées à bord des navires, des plateformes de forage et des barges d'habitation et même dans des hôtels. Ces modules permettent de réduire les délais et les frais de construction. Ils peuvent si on le désire être mis en place entièrement équipés. Les cabines et salles de bains modulaires des navires de croisière qui naviguent actuellement dans la mer des Caraïbes sont exposées dans les locaux de Forum Marinum.

Des liaisons avec l'ouest et avec l'est

Le trafic est en nette croissance dans presque tous les secteurs du port de Turku. Il n'y a que le trafic des passagers, 4,2 millions de personnes en 1999, qui est resté à peu près au niveau de l'année précédente. En revanche, le trafic global a augmenté de 4,5 pour cent et atteint la limite des quatre millions de tonnes. La croissance des exportations a été plus animée que celle des importations. Le trafic des conteneurs a crû au taux de 10 pour cent tout comme le trafic roulier. Le trafic des train-ferries qui est inclus dans ce dernier a enregistré un accroissement vertigineux de 27 pour cent. En tout, le port de Turku a été fréquenté par 3 272 navires, ce qui est nettement supérieur au chiffre de l'exercice précédent.

Grâce à une situation géographique avantageuse, le port de Turku est le premier port finlandais du réseau routier transeuropéen (TEN). Turku se trouve, dans le projet de la voie E 18, au point d'articulation qui joint la Scandinavie à la région de Saint-Pétersbourg et de là plus loin vers l'est. On compte entre Turku et Stockholm six liaisons aller-retour par jour. En outre, au moins un bateau par jour fait la liaison avec l'Europe continentale. Les liaisons régulières avec la Scandinavie, la Belgique, le nord de l'Allemagne et la Grande- Bretagne représente une partie importante des services offerts par le port de Turku. La télématique et ses projets paneuropéens de développement ont contribué, pour ce qui concerne la compétitivité, à placer Turku au premier rang des ports internationaux.

Turku a donc, pendant de siècles, servi de lien entre la Finlande et l'Europe. Cela fait déjà plus de cent ans que son port assure d'un bout de l'année à l'autre le trafic de voyageurs avec Stockholm et l'Europe continentale et cela reste une de ses principales formes d'activité

Voir aussi:
WTF-O L'histoire au fond des eaux
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