Image size 27 Kb Jukka Härmälä
voit toujours plus grand

Son apparence juvénile et vigoureuse révèle un homme qui sait profiter de la vie et de son travail. Il n'y a rien de veule chez Jukka Härmälä, 54 ans, directeur général de Stora Enso. Il se déplace avec prestesse et s'exprime d'une voix claire et ferme. Capitaine de réserve, il sait sûrement donner des ordres quand le besoin s'en fait sentir, mais il a le sourire facile. "Dans ce travail il faut savoir payer de sa personne. Une des qualités les plus importantes d'un directeur est de faire travailler l'équipe de façon à atteindre les objectifs fixés", explique-t-il. Les résultats sont là et parlent d'eux-mêmes.

Il y a plus d'un an survinrent, à toute allure, une série de remaniements qui, dans le secteur du papier, ont bouleversé la distribution des rôles sur le marché mondial. Sous la direction de Jukka Härmälä, la société forestière finlandaise Enso a en effet fusionné avec la société suédoise Stora à la fin de 1998. La société Stora Enso née de cette union a ensuite, au printemps de 2000, acquis la société américaine Consolidated Papers et est ainsi devenue le deuxième plus grand producteur de papiers et de cartons du monde. International Paper occupe toujours la première place mais Stora Enso, après s'être solidement implantée aux États-Unis, est sur ses talons.

"Cela ne ne s'arrêtera pas là", dit Härmälä comme si cela allait de soi. "La mondialisation de la clientèle en fait croître le besoin. Elle veut acheter du papier à une grande maison qui cependant lui est proche. Un Américain achètera à une usine américaine, un Européen à une européenne, un Asiatique à une asiatique. Il faut encore fortement développer cette politique d'être présent partout. Mais la croissance doit toujours être rentable. Les avantages synergiques obtenus par le biais des fusions et des achats d'entreprises que nous avons réalisés se sont avérés être considérables. L'économie a été une des forces motrices de ces opérations."

Comme les marchés européen et nord-américain du papier commencent à arriver à saturation, la consommation va croître le plus en Asie. "Avec l'accroissement du bien-être en Chine, même si cela ne concerne qu'une partie de la consommation, il s'agit d'une masse énorme de consommateurs. Il est évident qu'il faut être présent sur un tel marché. Cela fait déjà trois ans que nous avons une usine à papier en Chine et nous songeons à y en construire une autre. Il n'est pas question d'y acheter des entreprises car il n'y a pas d'entreprises à acheter."

L'achat d'une grande entreprise de l'industrie forestière n'est pas de la broutille. Stora Enso a versé pour Consolidated Papers la somme vertigineuse de 29 milliards de markka. Une fois l'opération réglée, Härmälä trouva que le prix versé pour entrer sur le marché américain était raisonnable. La réaction à chaud du marché fut différente. Le cours de l'action Stora Enso baissa de quinze pour cent en un jour. Il semble toutefois que l'idée de Härmälä soit en train de se réaliser. Les investisseurs étrangers ont commencé à croire en Stora Enso. Rien qu'en septembre 2000 la part des actionnaires étrangers a augmenté de 5,8 points à la Bourse de Helsinki. Outre les Bourses de Helsinki et de Stockholm, Stora Enso a été introduite à la Bourse de New York où elle réussit là-bas aussi.

Ce qui est grand est beau

Les sociétés finlandaises Stora Enso et UPM-Kymmene, qui est la troisième plus grande entreprise du monde dans ce secteur, sont des nouvelles venues parmi les poids lourds internationaux de l'industrie forestière. L'évolution a été rapide. Il y a quinze ans encore, les plus grandes entreprises finlandaises se classaient aux quarantième - cinquantième rangs, aujourd'hui, on en trouve deux dans le trio de tête. En même temps, les entreprises américaines qui depuis longtemps sont de grandes entreprises n'ont pas fondamentalement changé.

Unités de production points rouges
et sociétés de vente points jaunes de Stora Enso

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Dans l'industrie forestière ce qui est grand est beau, ceci pour maintes raisons. Härmälä explique cette stratégie de croissance: "Un des objectifs des grosses concentrations est de réduire les phénomènes cycliques dans ce secteur, c'est-à-dire de niveler les énormes hausses et baisses des années passées. Il reste à voir si, de cette façon, on trouvera une vraie stabilité à plus longue échéance. C'est la première fois que, avec la surface que nous avons actuellement, nous devrons faire face à la basse conjoncture qui surviendra un jour ou l'autre. Nous n'avons pas encore connu de récession."

Jukka Härmälä ne voit pas encore de limite à la concentration, autrement dit à la croissance, du moins dans un avenir proche. Si cela arrivait, ce seraient la Direction des prix et de la concurrence qui se mettrait en travers. Sora Enso a eu vent de ce qu'en Europe continentale on pourrait bientôt commencer à se demander si l'on peut se concentrer encore plus pour ce qui concerne certaines qualités. "On arrive là à l'idée de position dominante sur le marché. Il n'existe pas de formule mathématique pour cela. Il s'agit ici de l'idée que s'en fait la Direction des prix et de la concurrence. Pour ce qui me concerne, je pense que, en tant que fabricant de papier, nous ne pouvons en aucun cas parvenir à une position dominante sur le marché. C'est dommage. Il y a tant de concurrence et elle ne peut pas disparaître comme cela."

"Savoir quand une entreprise devient lente et lourde est une toute autre chose. Commencera-t-elle à cause de sa taille à se désagréger, à perdre de sa dynamique et de sa vitesse? Nous ne l'avons pas remarqué. Nous nous donnons à fond."

Les mêmes objectifs pour tous malgré les écarts culturels

Stora Enso emploie 45 000 personnes dans plus de quarante pays. Elle réalise un chiffre d'affaires d'environ douze milliards d'euro et produit 15,3 millions de tonnes de papiers et de cartons par an. Sa production de bois sciés atteint 5,3 millions de mètres cubes et celle de produits transformés 1,2 million de mètres cubes. On transforme le géant en un ensemble opérationnel en assemblant des éléments très disparates. Toute entreprise qui a fonctionné longtemps a sa propre culture et tout pays ses traditions. On dispose de toutes dortes de moyens pour parvenir à un bon résultat.

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"À mon avis la fusion de Stora et d'Enso est une réussite ", estime Jukka Härmälä avec une évidente satisfaction. "Le travail que nous avons alors mis en route a été de créer la mission, les perspectives et les valeurs de la société. Il est important que tous aient quelque chose en commun. Bien que nous estimions une culture locale, chacun doit s'efforcer d'atteindre les mêmes objectifs. Imprimée noir sur blanc la mission fait grand effet. Après coup je dirais que cela n'a pas si grande importance. Ce qui était important était de faire asseoir autour de la même table des gens qui ne se connaissaient pas et de les faire travailler ensemble. Une fois qu'ils furent "pris à l'hameçon" de la coopération, beaucoup de préjugés disparurent. On a besoin de ces genres de ficelles, car rien ne s'arrange tout seul. Pour ce qui concerne la coopération avec Consolidated, nous n'avons que peu d'expérience, mais les débuts sont prometteurs."

Quand je soulève la question des principes de gestion, Jukka Härmälä cherche ses mots pour la première fois pendant cet interview, peut-être pour ne vexer personne. "Comment dire... Quand les consultants de toute acabit proposent un peu partout des produits en "isme", je réagis avec une certaine... Je me dis, tiens, un nouveau truc qu'ils essaient de vendre... J'ai bien sûr eu des modèles. J'ai reçu une formation et une formation de perfectionnement. C'est à partir de cela que se sont accumulés les éléments de mes compétences en matière de management, sciemment et aussi par hasard."

Des facteurs, dont les motifs sont quelquefois étonnamment simples, peuvent agir sur des décisions importantes des grandes entreprises. Lorsque les nouvelles annoncent que le siège social de Stora Enso va être transféré à Londres, cela soulève beaucoup d'émoi en Finlande. Härmälä fait claquer la paume de sa main sur son bureau: "Le siège social est et restera ici. À Londres se trouve le bureau international du groupe où la direction se réunit régulièrement. Géographiquement, Londres est une solution tout à fait raisonnable mais il ne s'agit pas que de cela. Les Finlandais ne représentent qu'un tiers du personnel. La concurrence est sévère pour ce qui concerne l'embauche des jeunes. Nous devons pouvoir être des employeurs intéressants pour que les Nokia et autres Ericsson n'écrèment le dessus du panier. Helsinki ou Stockholm, où on parle de plus des langues bizarres, n'attirent pas les jeunes Allemands, par exemple. Quand la direction est localisée dans un lieu central comme Londres, cela est toute autre chose. L'entreprise en devient, si l'on peut dire, plus sexy."

Le style finlandais du chef se réflète sur l'entreprise

"On pose souvent la question de savoir s'il est possible de diriger une entreprise internationale avec le style finlandais. C'est possible, et il est certain que la façon d'agir du dirigeant a de l'importance. J'ai une nature très finlandaise. Cela ne disparaîtra pas malgré tous mes efforts de penser internationalement. Tous mes savoirs de base viennent d'ici."

Le directeur général d'une grande entreprise internationale est continuellement en déplacement dans le monde. Lorsque j'ai fait mon interview Härmälä n'était en Finlande que mercredi, la semaine suivante c'était le jeudi et l'autre semaine suivante pas un seul jour. Pas de trace de fatigue, sa condition physique semble excellente. Il s'efforce de jouer au tennis deux ou trois fois par semaine et depuis l'ouverture de la chasse il avait pris le temps d'aller chasser l'élan deux fois. "J'ai apparemment hérité de bons gènes. Un autre cadeau que j'ai reçu à ma naissance est la capacité de dormir peu et de dormir quand j'en ai l'occasion, même en avion. On s'habitue à franchir les fuseaux horaires bien qu'avec l'âge cela commence à se faire plus sentir." Il ne peut s'empêcher toutefois de vanter sa forme. "Quand un appareil atterrit à Helsinki après avoir traversé l'Atlantique, l'hôtesse de l'air prend trois jours pour récupérer. Moi, je vais au siège social, prends une douche et m'asseois à mon bureau."

Lorsque Jukka Härmälä dit qu'à la fin de 2001 la société Stora Enso sera tout à fait différente de ce qu'elle est maintenant, on le croit. Elle aura l'air différente mais sera-t-elle aussi la plus grande? "Nous cherchons continuellement plus de croissance et de nouvelles possibilités."