Image size 26 Kb La Finlande sous le couleurs de l'arc-en-ciel

Le deuxième gouvernement du Premier ministre Paavo Lipponen, 58 ans, porte lui aussi le surnom d'Arc-en-ciel car on y trouve la même diversité politique de la droite à la gauche que dans le premier. "La composition d'un gouvernement qui présente une base aussi élargie est vraiment unique au monde", commente Lipponen apparemment très satisfait de sa solution. "Il y a ailleurs en Europe d'autres exemples qui montrent qu'il est possible de franchir la vieille ligne politique médiane : ainsi se sont retrouvés les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens -ou les conservateurs de cette catégorie. Cette coopération a, sans exception, donné de bons résultats."

Paavo Lipponen est à la tête des sociaux-démocrates depuis 1993. Il a formé son premier gouvernement arc-en-ciel en 1995. Sa composition politique extraordinairement élargie avait tout de suite suscité l'étonnement et le doute: des adversaires politiques séparés par la tradition pouvaient-ils se retrouver sous le même toit? Le Premier ministre défend sa solution avec force. "En quelque sorte nous nous retrouvions dans une situation qui ressemblait à celle de la guerre lorsqu'il nous fallut sortir d'une crise économique et prendre des décisions difficiles. Une large coopération politique, à laquelle les organisations syndicales apportèrent aussi leur propre contribution, était à même de réduire les antagonismes. Nous avons procédé à la formation du gouvernement comme si nous étions dans une Europe nouvelle et en même temps dans une difficile crise économique. Il avait à accomplir une tâche qui était au-delà des vieilles querelles. Le point de départ était sain."

Le parti social-démocrate a enregistré une nette défaite aux élections de 1999, tout en restant le plus grand parti du Parlement. D'un autre côté, les conservateurs, qui étaient aussi au gouvernement, en étaient sortis grands vainqueurs. Tous les éléments se trouvaient donc réunis pour poursuivre sur la même base. Les partis au pouvoir disposent au Parlement de 140 sièges sur 200 (sos-dem 51, conservateurs 46, Union de la Gauche 20, suédophones 12 et Verts 11). L'opposition est essentiellement composée du parti du Centre (48), qui est soutenu par la population rurale, et de l'Union chrétienne (10) ainsi que de deux ou trois groupuscules d'un représentant.

Paavo Lipponen reconnaît que l'idée selon laquelle les différends politiques trouvent, dans une large mesure, leur solution au sein du gouvernement est juste. Si le gouvernement, des conservateurs à l'Union de la Gauche, fait l'unanimité sur une question - la question est résolue. "Dans un régime parlementaire nettement majoritaire, la position de l'opposition n'est d'ailleurs plus ce qu'elle était. Que l'opposition soit forte ou faible, c'est de toute façon la majorité qui décide. Il ne serait cependant pas sage de sous- estimer l'opposition. Son pouvoir réside dans les alternatives, pas dans les sièges au Parlement. Si elle (c'est-à-dire avant tout le Parti du Centre) a une alternative forte, on aura sûrement là un challenger dont il faudra tenir compte aux élections suivantes."

Des perspectives économiques claires et stables

Le Premier ministre et le ministre des Finances, le social-démocrate Paavo Lipponen et le conservateur Sauli Niinistö, dirigent la Finlande depuis cinq ans. Les petits partis politiques au pouvoir ont quelque fois essayé de se mettre en avant, lorqu'il le fallait, les rangs du gouvernement sont restés dans l'alignement. Certains observateurs politiques ne manquent toutefois pas de rappeler que le deuxième gouvernement de Lipponen n'a plus la mission des premières années où l'on contenait le feu des diverses idéologies politiques pour parvenir à un but considéré comme commun.

Les critiques les plus acerbes doivent reconnaître que la politique menée par le gouvernement a été logique et directe. Elle a donné des résultats. Même le très influent Wall Street Journal a, au mois de juillet 1999, fait l'éloge de la politique économique de Paavo Lipponen. Le Premier ministre, dont on dit souvent qu'il est ronchonneur et teigneux, peut sourire: "Quand on considère la croissance et la stabilité de l'économie nationale, l'emploi et la compétitivité, cela va relativement bien pour la Finlande. Le chômage est inférieur à la moyenne de l'Union et continue à reculer. La taux de chômage est inférieur à dix pour cent. Une partie de plus en plus grande de la population en âge de travailler a un emploi. Il y a quand même encore beaucoup à faire pour effacer les traces de la récession et cela nécessite des mesures à très long terme."

Lipponen rend justement hommage à la bonne et longue coopération de ses gouvernements pour cette évolution positive. "Nous avons pu nous entendre sur des problèmes difficiles sur une base politique élargie, ce qui, il faut le dire, est unique en Europe. La solution positive adoptée pour ce qui concerne l'Union économique et monétaire, que le gouvernement a consciemment fait passer, a joué une part importante dans le passage à cette ère nouvelle. Nous avons maintenant en matière d'économie une perspective claire et stable. La compétitivité de la vie économique est assurée, de même le revenu net des salariés est meilleur que prévu. Les entreprises peuvent faire des projets et les citoyens compter sur le fait que les taux d'intérêt ne grimperont pas brusquement à des hauteurs vertigineuses. Au début des années 90 on pouvait encore dire que le ciel était le seul plafond, aujourd'hui lorsqu'il y a des variations de taux c'est en fractions de point."

L'euro se renforcera

La Finlande est membre de l'Union économique et monétaire (UEM) depuis les débuts de celle-ci. Les entreprises finlandaises utilisent généralement l'euro comme unité monétaire dans leurs échanges commerciaux avec l'étranger. On habitue les Finlandais à la future monnaie : depuis un an les prix de détail sont affichés en markka et en euro. C'est le 1er janvier 2002 que les pays de l'UEM abandonneront leurs monnaies nationales pour l'euro.

Image size 16 Kb Le Premier ministre Lipponen considère que l'union monétaire est un facteur de stabilisation et il est convaincu que l'euro se renforcera par rapport au dollar. "Le niveau des taux d'intérêt a été historiquement bas car l'inflation a été faible et la croissance lente. Maintenant que la croissance semble prendre de l'accélération, nous sommes cependant à même de maintenir le cap concernant notre coopération en matière de politique budgétaire, autrement dit d'équilibrage des économies publiques. Ceci et les réformes structurelles permettront à l'euro de se renforcer. Nous sommes sur la bonne voie mais, à maints égards, l'Europe est encore bien en retard sur les États-Unis. Il y a encore dans nos structures beaucoup de subventions et aussi beaucoup de bureaucratie superflue."

Un État providence se paie par les impôts

Le concept d'État providence à la nordique est maintenant bien connu dans le monde. En Finlande, on le construit depuis des dizaines d'années. Pour Paavo Lipponen, la tâche de son gouvernement est de sauvegarder le bien- être ainsi acquis. Cet objectif fait largement l'unanimité. Les différences d'opinions politiques se font sentir lorque l'on cherche les moyens corrects pour y parvenir, en d'autres termes: qui va payer tout cela? De l'avis du Premier ministre, la grille d'imposition finlandaise est très élevée par rapport au niveau international, elle pourrait être plus basse.

"Mais tout le monde doit pouvoir profiter des services -et cela implique qu'il faut payer suffisamment d'impôts", rappelle Lipponen. "Notre État providence repose sur le fait que la société offre des services. Nous disposons aussi d'un système de sécurité sociale très avantageux. Beaucoup d'autres pays accordent des dégrèvements fiscaux et les gens se chargent eux-mêmes de leur sécurité sociale. Je pense qu'il vaut la peine de conserver le système que nous avons en Finlande bien qu'il faudra le revoir pour qu'il soit à jour avec le temps. La part du PIB prélevée par l'État devra donc rester un peu plus élevée que dans les pays qui ont un autre système".

"Cette part du PIB que prélève l'État peut en soi être trompeuse du fait que les gens doivent quand même payer pour les services qu'ils reçoivent et pour leur sécurité sociale. Par exemple, aux États-Unis tout ceci est différent de ce que nous connaissons ici. Chez nous la santé publique représente sept pour cent du PIB alors qu'aux États-Unis c'est presque le double - et malgré cela les services ne sont pas également distribués entre les citoyens. C'est justement l'idée d'égalité qui est à la base de notre État providence."

La dimension septentrionale partie intégrante de la politique de l'Union

Lorsque la Finlande était en charge de la présidence de l'Union européenne, du 1.7 au 31.12.1999, il a semblé que les questions relatives à la dimension septentrionale, qui revêtent pour nous une grande importance, aient été, du moins en partie, occultées par les gros problèmes d'actualité comme, par exemple, le Kosovo. Le Premier ministre insiste toutefois sur le fait que la dimension septentrionale a déjà, comme les autres dimensions, la méridionale et la transatlantique, assuré sa position en tant que partie intégrante de la politique de l'UE. L'Union s'étendra vers l'est plus consciemment qu'avant sur la base des décisions prises à Helsinki.

La dimension septentrionale a progressé par étapes. On a d'abord travaillé au sein de l'Union, défini les avantages de l'UE dans le nord. Dès le début, la Finlande est partie du point de vue qu'il fallait parler de l'Union dans son ensemble et non de la coopération de quelques pays dans le nord.

"Cela se rapporte à des avantages stratégiques de l'Union, avant tout en matière d'approvisionnement énergétique où l'on deviendra vite dépendant des ressources énergétiques de la Russie du nord-ouest", précise Lipponen. "L'étape suivante sera d'établir un programme de travail avec, naturellement, nos partenaires, en particulier la Russie. Il ne faut pas oublier qu'il y a peu de temps seulement que celle-ci a été dans la position de se présenter elle- même comme partenaire de l'Union. En vertu des décisions prises dans le cadre d'Agenda 2000, nous avons plus de moyens qu'avant, c'est-à-dire de l'argent, pour cette coopération."

"Il s'agit à long terme du réseau énergétique européen et en particulier du réseau de distribution de gaz naturel. Un des principaux objectifs de la dimension septentrionale est d'installer à destination de l'Europe continentale un gazoduc qui passerait par la Finlande. On ne peut toutefois pas dire que si l'Union est d'accord ou si la Finlande est d'accord on commence les travaux tout de suite. Des projets de cette taille nécessitent du temps et de la patience. Mais comme il y a déjà des attitudes favorables de part et d'autre, il est cetain que ce réseau se fera", assure le Premier ministre.

Alors que la Finlande en était au début de la présidence de l'UE, on parvint à une solution concernant le fait que les activités de la Banque d'Investissement européenne s'étendraient aussi jusqu'à la Russie, la plupart des projets dépendent finalement de l'argent. C'est ainsi que maintenant la conception de la rocade de Saint-Pétersbourg (route E 18) et l'acquisition des fonds nécessaires à sa construction sont en cours; la rocade de Viipuri est en construction.

Les projets relatifs à l'environnement sont très importants. Lipponen estime que "le gouvernement russe a pris les questions environnementales considérablement plus au sérieux qu'avant, si bien que l'on investit aussi dans l'environnement. La station d'épuration qui se trouve au nord-ouest de Saint-Pétersbourg est, du point de vue finlandais, le plus important des projets."

La Finlande a fait parler d'elle pendant le second semestre de 1999, c'est-à- dire lorsqu'elle occupait la présidence de l'UE. On a aussi remarqué l'évolution favorable de son économie. En même temps que les affaires vont bien dans la République, l'intérêt des Finlandais envers la politique baisse. Le faible taux de participation aux dernières législatives est préoccupant et aux élections européennes de 1999 il a été carrément catastrophique avec 31,4 pour cent. "Le Parlement européen est encore bien loin, ailleurs qu'en Finlande. Ce n'est pas un parlement où l'on forme un gouvernement en s'appuyant sur la majorité. Il est toujours difficile pour l'électeur de se figurer quelle est sa tâche, bien que le Parlement européen soit nettement plus fort qu'avant." Le fait que les citoyens semblent avoir perdu leur intérêt pour la politique serait-il donc le souci commun de chaque pays et de toute l'Union? "C'est bien cela. Les politiciens devraient pouvoir mieux articuler les choix qu'ils proposent."

Papa a le sourire

Image size 11 Kb Bienvenue en Finlande a rencontré Paavo Lipponen dans la maison de fonction du Premier ministre qu'il occupe à Kesäranta. C'est une maison en bois construite dans les années 1870, romantique, avec des tours, qui se dresse au bord de la mer dans un parc verdoyant, tout en étant à proximité immédite du centre de Helsinki. L'ambiance y est beaucoup plus intime que dans le bureau de l'imposant bâtiment empire du gouvernement. Il n'est donc pas étonnant que le Premier ministre reçoive aussi ses hôtes officiels à Kesäranta.

La famille du Premier ministre, c'est-à-dire sa femme et ses deux jeunes enfants habite à l'étage au-dessus, ce qui ajoute au sentiment d'intimité. Lorsque les pas des enfants se font entendre à travers le plancher en bois, un sourire éclaire le visage de papa dont le regard se tourne vers le plafond. Il faudrait peut-être faire en sorte que la politique, même dure se construise dans un environnement où l'on n'oublierait pas la valeur de la vraie vie.