L'apôtre de la compétitivité à Bruxelles
Image size 17 Kb Erkki Liikanen, 49 ans, détient l'un des portefeuilles les plus importants de la Commission de l'Union européenne. Il est sourcilleux sur la formulation correcte de son domaine de responsabilité; apparemment, la presse n'a pas toujours exprimé le profil de ses activités avec une précision suffisante. "On a réuni deux tâches dans mon portefeuille : la politique qui se rapporte à l'activité entrepreneuriale et celle qui se rapporte à la société de l'information. On a ainsi concentré sur un seul commissaire toutes les questions essentielles liées à la compétitivité de l'Union européenne."

Missile politique surdoué et déterminé, Erkki Liikanen est entré en politique quand il suivait encore ses études et fut élu député en 1972 à vingt-et-un ans seulement. Quelque dix années plus tard il devenait secrétaire du parti social- démocrate. Entre 1987 et 1990, il fut ministre des Finances. Il quitta cette fonction pour celle d'ambassadeur de Finlande auprès de l'Union européenne à Bruxelles. Après que la Finlande fut entrée dans l'Union européenne, Erkki Liikanen devint en 1995 commissaire au Budget, aux Ressources humaines et administratif dans la commission dirigée par Jacques Santer. C'est un des quatre précédents commissaires qui poursuivent leur tâche dans la commission de Romano Brodi dont l'activité commença en 1999. Parcours vertigineux pour un homme qui n'a pas encore cinquante ans.

Lorsqu'il était ministre des Finances, il arrivait qu'on le rencontrât en train de prendre un café dans la tente de la place du marché à Helsinki qui se trouve à deux pas du ministère. Loquace et aimant la compagnie, il n'était jamais seul à sa table. Tout le monde le connaissait bien. Après dix ans passés à Bruxelles il peut aujourd'hui se promener dans la rue presque comme n'importe qui. Liikanen, en tant que Finlandais, est un ancien exceptionnel dans les hautes fonctions qu'il occupe - c'est aussi un commissaire de la deuxième génération.

Des normes pour la législation de l'EU

Lorsque Liikanen parle de sa nouvelle tâche, l'importance de la compétitivité surgit à toute occasion. "J'ai la responsabilitré de la législation relative à la société de l'information, c'est-à-dire de la législation avec laquelle on s'efforce de faire progresser la concurrence, autrement dit de faire baisser les prix. Nous avons aussi un budget de recherche d'environ un milliard d'euro par an avec lequel nous essayons d'améliorer la compétitivité. Côté entreprises, le marché intérieur des marchandises relève de mon domaine: nous cherchons au moyen de la législation à entériner les normes communes qui revêtent une grande importance pour les hommes d'affaires. Les conditions générales de l'activité des entreprises et l'innovation sont aussi de mon domaine. L'objectif est de parvenir à des règles claires et à une concurrence qui fonctionne."

La tâche du commissaire est double: il doit s'occuper du bon fonctionnement du marché intérieur mais aussi défendre les intérêts des entreprises. "Ces deux tâches font partie de ce travail. Il faut défendre les intérêts de l'activité des entreprises européennes par rapport aux autres zones et assurer une compétitivité commune à l'échelle mondiale. Dans le cas des nouveaux membres de l'UE, j'observe surtout comment la vie économique, l'activité des entreprises et les télécommunications des pays candidats suivent l'évolution. J'observe aussi les projets d'élargissement de l'Union en tant que membre de la commission. Les sessions communes de la Commission constituent naturellement une partie considérable et importante de ce travail dans le cadre duquel on fait progresser les questions d'intérêt commun."

Les questions relatives aux produits alimentaires, auxquelles viennent se connecter les relations commerciales entre l'UE et les États-Unis, qui, ces derniers mois, ont de maintes façons fait la une des journaux, sont devenues une source de problèmes pour Liikanen. "Il semble ici que les relations avec les États-Unis constituent désormais un problème permanent. Le consommateur européen est à l'heure actuelle très sensible. Les gens veulent savoir ce que contiennent les denrées alimentaires. Une nouvelle législation sur les produits alimentaires, plus simple, plus claire et plus ouverte est en cours d'élaboration. Nous espérons qu'elle entrera en vigueur dès 2000".

La jungle des directives va être éclaircie Image size 14 Kb

On entend souvent les chefs d'entreprise se plaindre de la jungle des directives de l'UE dont il leur arrive de n'en sortir qu'au prix d'efforts considérables. Liikanen reconnaît que c'est en effet le cas dans certains domaines. "Mon collègue le commissaire au marché intérieur et moi nous sommes penchés ensemble sur ces problèmes. Notre objectif est de simplifier la législation du travail et d'alléger les charges qu'elle impose aux entreprises. Cela commence à bouger."

Bruxelles grouille de lobbyistes qui, en nombre toujours croissant, sont intéressés par tout détenteur de portefeuille important. Un commissaire n'a tout simplement pas le temps de rencontrer tous ceux qui désirent une audience. "Je me concentre de préférence sur les gens qui répondent directement de l'activité de leur entreprise", constate Liikanen. "Maintenir le contact avec le monde des entreprises, c'est-à-dire avec les entreprises qui tournent dans les quinze pays, est une tâche si lourde qu'on est obligé de ne se concentrer que sur l'essentiel."

Les nouvelles économiques qui nous parviennent du monde ces derniers temps font état d'un mouvement ininterrompu de fusions d'entreprises. Même en Finlande, à l'échelle des pays nordiques, les grosses fusions d'entreprises et de banques sont choses courantes. Erkki Liikanen considère que, sur un marché mondialisé, cette évolution est non seulement logique mais aussi raisonnable. "Il faut seulement veiller à ce que la concurrence soit maintenue et avec elle la possibilité pour le consommateur de choisir. Bien que d'autres fusions soient encore à venir, il faut se souvenir de veiller à ce que l'on ait des conditions favorables à la création des petites entreprises. Il faut garantir un sol propice à la croissance d'entreprises de toutes envergures."

Liikanen n'a de la spécificité finlandaise que du bien à dire. La présidence de l'Union européenne et ses importantes réunions ont encore rehaussé le profil de notre pays. Dans son bureau de Bruxelles, il en donne une description concise. "La Finlande jouit ici d'une bonne réputation. Les Finlandais ne parlent pas pour ne rien dire. Ils vont toujours à l'essentiel."

Erkki Liikanen, membre de la Commission européenne