La Finlande et l'OTAN
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Les relations sont souvent plus importantes que les armes. Un soldat finlandais de la KFOR en train de parler avec de Albanaises à Liplja au Kosovo en août 1999.

"Dans les circonstances actuelles, la Finlande contribue mieux au développement stable de l'Europe du Nord en étant militairement indépendante. En outre, elle ne souffre d'aucune insuffisance en matière de sécurité qui rendrait appropriée son adhésion à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN)", déclare le général de corps d'armée Ilkka Hollo, chef des opérations du grand quartier général. La Finlande a limité sa coopération avec l'OTAN à la gestion des crises, aux services de recherches et de sauvetage ainsi qu'aux opérations humanitaires. Le général Hollo considère aussi qu'être membre de l'Union européenne est déjà en soi un facteur qui ajoute à la crédibilité de notre politique de sécurité. L'Union a son propre programme de politique extérieure et de sécurité que la Finlande contribue pour sa part à former. D'un autre côté, seule l'appartenance à un pacte militaire garantit une sécurité militaire, ce que les partisans d'une adhésion à l'OTAN n'ont pas manqué de faire valoir de temps à autre en Finlande aussi.

Depuis 1994, la Finlande collabore étroitement au programme "Partenariat pour la paix" de l'OTAN qui est ouvert à tous et dont l'objectif est d'accroître la stabilité et la sécurité en Europe. On a considéré que ses formes d'action convenaient à la Finlande : exercices militaires des forces pour le maintien de la paix, exercices de sauvetage et d'opérations humanitaires, cours et séminaires. "Ces activités englobent aussi le développement de la conception des structures de sécurité et celui de l'ouverture en général", poursuit le général. "On peut aussi appeler cela de l'harmonisation. Beaucoup de pays ont pensé que ces activités peuvent aboutir un jour à une adhésion à l'OTAN. C'est un objectif que n'a pas eu la Finlande et qu'elle n'a pas. Pour nous le Partenariat pour la paix est une forme de coopération qui accroit la confiance et la sécurité. Il améliore aussi la capacité d'action dans les opérations de maintien de la paix comme les expériences en Bosnie et au Kosovo l'ont montré".

De la pression du bloc de l'est à l'Union européenne

Les débats relatifs à la politique extérieure et à la sécurité se sont ouverts en Finlande après l'effondrement de l'Union soviétique. La Finlande avait conclu avec sa voisine orientale un pacte d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle qui impliquait, en cas de situation d'extrême urgence, la possibilité d'une défense commune contre tout attaquant. L'URSS avait deux ou trois fois ressorti cette possibilité mais on avait quand même réussi à éviter toute collaboration militaire.

La Finlande assurait l'Ouest de sa neutralité et l'Union soviétique de son amitié. D'une façon générale, on appelait liturgie tous les discours de politique extérieure qui entraient dans le moule. À l'Ouest, on s'est longtemps et fâcheusement figuré que la Finlande faisait partie de la sphère d'influence de l'URSS, bien que, en tant que démocratie nordique, elle ne fût pas dans le camp des pays communistes. Lorsque le dernier dirigeant de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, déclara au cours de sa visite officielle de 1989 que la Finlande était un pays neutre, cette reconnaissance fut accueillie à la satisfaction générale. Le pacte d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle fut abrogé en janvier 1992.

En tant que membre de l'Union européenne, la Finlande fait indéniablement partie intégrante de l'Ouest démocratique, cette position qu'elle a choisie elle-même a rehaussé son amour-propre national. On y aussi appris à débattre naturellement de politique extérieure et de sécurité comme d'un sujet qui relève de la prise décision indépendante

Les rapports avec l'OTAN ne cessent de faire parler

Le rôle militaire et politique de l'OTAN a considérablement changé après la dénonciation en 1991 du pacte de Varsovie (URSS, Bulgarie, Allemagne de l'Est, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie et Hongrie). L'attitude envers l'adhésion à l'OTAN a été, dans la Finlande de ces dix dernières années, un des sujets de politique de sécurité les plus controversés. On a procédé à des sondages d'opinion sur un rythme serré et les bombardements du Kosovo ont brutalement fait chuter le nombre des voix en faveur de l'adhésion. La direction politique de la République répond toujours que cette adhésion n'est pas pour la Finlande une question d'actualité. Il n'en reste pas moins qu'on répète toujours la même question d'une année à l'autre et qu'on présente aussi des opinions contradictoires. Certains ont besoin du parapluie de l'OTAN, pour la plupart la coopération telle qu'elle existe dans son état actuel est ce qui convient le mieux.

Au mois de mars 1999, le commandant des forces armées finlandaises Gustav Hägglund participa Bruxelles à une réunion des commandants des pays du Partenariat pour la paix. Au cours de l'interview qu'il a accordée le 11.3.1999 au journal Ilta Sanomat il déclara que, quoique l'on serait amené à apporter des modifications, surtout au niveau technique et tactique, la Finlande est "pour ce qui concerne tous les points essentiels militairement prête à entrer dans l'OTAN. Nous avons procédé à des modifications au sein de nos forces armées en vue d'améliorer notre capacité de coopération vis-à-vis de l'OTAN. Par exemple, nous venons de modifier les symboles tactiques avec lesquels nous marquons les troupes, entre autres sur les cartes. L'OTAN et nous parlons aujourd'hui la même langue". Selon Hägglund, les messages qui nous parviennent de l'OTAN vont tous dans le même sens : "La porte est ouverte. À vous de décider quand vous voudrer entrer." En même temps, le général Hägglund rappela que la Finlande ne participe pas à la défense commune de l'OTAN mais uniquement à une formation ciblée sur la gestion des situations de crise.

Le Partenariat pour la paix, une coopération étroite

Image size 14 Kb La Finlande est présente dans pratiquement tous les secteurs du programme de Partenariat pour la paix de l'OTAN. Les Finlandais participent chaque année à des dizaines de séminaires et autres rencontres, ce qui leur permet d'acquérir des connaissances et des informations actuelles utiles aussi pour les besoins de leur défense nationale. Mais la Finlande n'est pas dans le Partenariat pour la paix qu'à titre passif, elle y joue aussi et dans une très large mesure un rôle actif. La Finlande a, depuis 1956, une grande expérience des opérations de maintien de la paix, avec près de 40 000 hommes engagés dans les diverses opérations. "Nous avons vraiment beaucoup à apporter, même aux États militairement puissants", assure le général Hollo. "Les commentaires que nous avons reçus sont très agréables à entendre".

La Finlande a créé pour l'OTAN à Bruxelles une délégation diplomatique particulière dont l'activité a commencé au printemps de 1998. Une vingtaine de personnes placées sous l'autorité de l'ambassadeur Leif Blomqvist y travaillent non seulement dans le cadre des activités diplomatiques normales mais aussi dans celui d'une coopération animée avec le Partenariat pour la paix.

La gestion des crises par l'UE est limitée

Il est embarrassant pour l'Europe, et en particulier pour l'Union européenne, qu'on ait besoin de la puissance militaire américaine pour résoudre des crises qui éclatent sur son propre territoire. Il faut quand même regarder la vérité en face. " l'OTAN est actuellement la seule organisation militaire qui, du fait de la présence des États-Unis, puisse mener et exécuter des opérations de l'envergure de celle qu'on a vues en Yougoslavie", affirme Ilkka Hollo avec une clarté toute militaire. "C'est la seule alliance qui a la capacité de déplacer des troupes stratégiques et dont le système de commandement rend possible une action d'organisation étendue de la gestion des situations de crise".

Au cours de la conférence au sommet de l'Union européenne qui s'est tenue à Cologne en juin 1999, on a fait les premiers pas en direction d'une politique de défense commune de l'Union. On y décida que l'Union européenne s'occupera elle-même des éventuelles tâches liées à la gestion des situations de crise. Pour y parvenir, il faudrait que l'Union soit soutenue par une puissance militaire crédible. Les évènements du Kosovo ont montré que la puissance militaire crédible est pour le moment celle de l'OTAN. Politiquement, les autres solutions n'en sont qu'aux balbutiements.

Du pacte de Varsovie à l'OTAN

On oublie facilement que la Russie est aussi un partenaire pour la paix de l'OTAN bien que, comparativement à la Finlande, on ne peut pas dire qu'elle y est très active. Elle a envoyé une fois des troupes participer aux manÅ“uvres, habituellement elle se contente d'envoyer des observateurs. L'OTAN a bien essayé de l'activer, jusqu'à présent les résultats ont été maigres. L'OTAN et la Russie ont signé en 1997 un accord qui détermine leurs rapports et aux termes duquel leur Conseil commun (Permanent Joint Council) sert de forum pour les négociations et la coopération.

Parmi les anciens pays du bloc de l'est la Pologne, la République tchèque et la Hongrie sont les tout derniers membres de l'OTAN. Cela a accru la dimension territoriale de l'OTAN. Le général Hollo rappelle toutefois que la transformation des structures militaires des pays qui ont longtemps été dans le pacte de Varsovie en vue de les intégrer dans l'OTAN prendra des années. "On n'a pas, bien sûr, réalisé d'études à ce sujet mais les disponibilités de la Finlande pour ce qui concerne la coopération dans les questions de gestion de crises peuvent servir de point de comparaison grâce en particulier à la longue expérience qu'elle a accumulée dans les activités de maintien de la paix et de son activité au sein du Partenariat pour la paix. En matière de gestion de crise nos troupes devraient être prêtes à entrer en scène à tout moment. La Finlande a mis à la disposition du programme PARP (Planning and Review Process), qui concerne la gestion des crises et les troupes qui y participent, un bataillon mécanisé, un bataillon du génie, un bataillon d'infanterie et deux bâtiments de la marine de guerre. Le premier bataillon est pour la majeure partie regroupé dans l'opération SFOR, le bataillon du génie était dans l'opération IFOR et le bataillon d'infanterie (une partie des Forces finlandaises de déploiement rapide) est dans l'opération KFOR. Il n'y a pas d'unités aériennes dans le programme PARP mais certaines activités terrestres des forces aériennes rendent possible le passage en Finlande des appareils de transport de l'OTAN. Mais tout ceci relève strictement d'une activité limitée à la gestion des crises".

Les Casques bleus nordiques

Les pays nordiques coopèrent aussi dans le domaine de la gestion des crises. Ils ont dans l'organisation NORDCAPS (Nordic Coordinated Arrangement for Military Peace Support) des troupes originaires de Finlande, de Suède, de Norvège et du Danemark: des états-majors, des bataillons, des unités du génie et des unités logistiques. Ce système de référence a bien fonctionné en Bosnie où opérait une brigade nordico-polonaise. L'état-major est multinational et on compte un bataillon par pays.

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L'exercice Nordic Peace 99 organisé en Finlande en septembre 1999 dans l'esprit du Partenariat pour la paix offre un bon exemple de coopération en matière de formation pratique. Y étaient présents quelque 1900 particpants originaires du Danemark, de Norvège, de Suède et de Finlande. La Russie, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie y avaient été invitées à titre d'observateurs. Ces manÅ“uvres portaient sur une opération imaginaire de maintien de la paix au cours de laquelle, outre les activités militaires proprement dites, on s'entraîna à coopérer avec les autorités civiles ainsi qu'avec les organisations humanitaires internationales et autres.

Le bataillon finlandais de Casques bleus est pour la seconde fois sous les ordres de l'OTAN dans ce qui est la mission la plus fifficle de son histoire, le Kosovo. Le bataillon finlandais de la KFOR est constitué de 760 hommes. Dans une situation tendue aux aspects toujours plus violents, l'estime dont jouissent les Finlandais et leur expérience valent de l'or. C'est une mission qui sera longue. J'ai demandé au général Ilkka Hollo combien d'années les Finlandais vont-ils rester au Kosovo? "Il aurait peut-être mieux valu demander pendant combien de générations les Casques bleus seront-ils amenés à y rester."

KFOR Online: Contingent Finland
HS - Support for joining NATO remains low